“J’aime beaucoup ce regard de panique.”

Le regard évasif et les mains serrées, Rebecca* est quelque peu honteuse de raconter son ressenti à notre journaliste. “Au début, je faisais mine de ne pas trop faire attention, je regardais un peu et je souriais discrètement.” En effet, depuis maintenant 12 ans, soit depuis la mise en service de la deuxième ligne du métro lausannois, Rebecca prend secrètement plaisir à voir des gens, en particulier des touristes, chuter au démarrage du M2. “Je m’étais toujours dit que ce n’était pas bien grave et que tout le monde le faisait confesse-t-elle. Mais cela a pris malgré moi des proportions malsaines.”

Qu’est-ce qui provoque la satisfaction de Rebecca ? Plusieurs choses : “Il y a tout d’abord ce bref mais intense regard, chargé d’angoisse, de panique et d’incompréhension. Puis, c’est le corps qui prend le relais, et qui tente une restabilisation afin d’éviter la chute. C’est un pari qui s’engage alors : tombera ? tombera pas ? L’excitation est alors à son comble.” Mais c’est sans compter la touche finale, celle qui comble d’extase Rebecca. “Pour peu que nous nous trouvions aux heures de pointe, il y a la possibilité d’observer un effet bowling : un individu tombe et en entraîne un autre dans sa chute.”

Rebecca a cependant pris l’initiative d’aller consulter un psychothérapeute afin de résoudre ce qui devenait un véritable vice. “J’ai su qu’il fallait que j’entreprenne quelque chose lorsque j’ai commencé à prendre l’habitude de faire Ouchy-Croisettes durant mon temps libre en espérant assister à une chute.”

*Prénom d’emprunt